mardi 25 janvier 2011

Connaître son environnement avant de penser à l’innovation

Qui ne rêve pas de trouver la formule magique qui lui permettra de maîtriser et contrôler son avenir ? 

L’innovation est une composante incontournable de la formule pour transformer la vision en une réalité concrète. Mais qu’est-ce que l’innovation ?

Nombreux sont ceux qui assimilent l’innovation au produit génial imaginé, conçu et mis sur le marché avant tout le monde. Certes, c’est une partie de la réponse, mais c’est insuffisant.

Le mécanisme de l’innovation est à la fois simple et complexe et fait appel à un ensemble de paramètres dont certains sont maîtrisables, d’autre pas.

Urgence innovatrice ?

On parle beaucoup dans les médias d’urgence innovatrice. Pourtant l’innovation a toujours existée, alors pourquoi se mettre dans cette position d’urgence aujourd’hui ?
L’urgence est liée à une nécessité d’adaptation rapide face à une situation nouvelle, cependant l’urgence peut aussi conduire à des erreurs irréversibles pour qui n’a pas pris un minimum de temps pour y réfléchir. Ainsi, pour comprendre le présent et envisager l’avenir, il convient de se nourrir des enseignements du passé. C’est pour cela, qu’avant de continuer, je vous propose un rapide retour sur le passé.



L’histoire apporte des réponses

Les conflits armés ont largement touché nos sociétés occidentales. Ils  ont nécessité une reconstruction et en conséquence, généré des besoins. Les entreprises se sont adaptées et ont produit des biens pour ces marchés connus, identifiés et bien ciblés. Une fois ces marchés  alimentés, l’organisation et le dimensionnement de nos entreprises s’est orienté vers de nouvelles zones géographiques. A la fois pour continuer à produire à moindre coût, pour le renouvellement des marchés historiques, mais aussi pour équiper les nouvelles zones émergentes.

Nous vivons une période unique de l’Histoire, car aucune guerre humaine mondiale n’est venue interférée cette évolution et nous vivons en paix, et ce, encore plus depuis que la menace de l’Est est tombée. Sans conflit humain notable sur la planète, c’est désormais une guerre économique qui se livre à l’échelle planétaire. Sans s’étendre sur un débat philosophique sur cette question, c’est bien de cela dont il est question aujourd’hui qui implique un positionnement différent des organisations pour faire face et survivre. 

Dans ce contexte, nous sommes également confrontés à une perte de repères et nous devons intégrer un certain nombre de facteurs connus et non maîtrisables, d’où cette urgence innovatrice.

Les 5 sens en action…et l’adaptation

Nous sommes dotés de cinq sens, d’un cerveau et de membres. Les sens captent l’information sur l’environnement, le cerveau l’analyse et les membres se mettent en action en conséquence. Quand tout cela fonctionne bien, nous faisons consciemment ou inconsciemment tout notre possible pour nous mettre dans une position de confort. 

Dès lors que l’une de ces capacités vient à manquer ou à disparaître, l’adaptation devient nécessaire, et c’est de cette adaptation que viendra l’innovation.

Qui ne s’est pas posé un jour la question de savoir comment il réagirait s’il perdait une de ces capacités vitales ? Certains préfèrent ne pas l’imaginer, d’autre pensent que cela peut arriver. 

Naturellement nous essayons toujours d’être dans une zone connue et confortable, et le danger vient lorsque nos repères disparaissent. Mais si nous imaginons que cela puisse arriver, alors nous anticipons et acceptons de prendre en compte d’autres informations pour éviter le danger.

Nous le faisons tous les jours lors de nos trajets quotidiens, quel que soit le moyen de locomotion !

Innovation collective ?

Notre culture, notre éducation et notre environnement façonnent notre vision et notre raisonnement mais ne refusons pas d’être aveugle car aujourd’hui le monde économique est impitoyable. Les lignes se sont déplacées et de nombreux facteurs extérieurs influencent notre fonctionnement.

Il devient plus que nécessaire d’imaginer et d’accepter les zones de danger pour innover.

Il existe une piste peu ou mal exploirée par les organisations : la dynamique d'innovation collective. 

Partons du principe que chaque collaborateur de l'organisation détient une part de l'innovation, le management participatif souvent vanté par de nombreuses organisations devrait en être le faciliteur et le valideur.
Seulement, cette idée de management a été galvaudée et a plutôt eu l'effet inverse de celui souhaité. 

En fait l'idée de base est louable pour le fonctionnement en mode projet, mais notre éducation ne nous y a pas préparé car elle nous a façonné de telle manière que nous mettons sur un piédestal les brillants et les sachants  et nous acceptons difficilement que la bonne idée ne vienne pas des plus instruits. Inversement , le soi-disant moins instruit ne voit pas l'intérêt de s'exprimer puisqu'il a été habitué à ne pas être écouté.
Dans un fonctionnement individuel cela peut avoir une valeur, mais pas dans une interaction collective. Au final, c'est la crainte de ne pas réussir qui l'emporte et l'organisation qui y perd car elle stagne.

Ce mode de management doit lui aussi faire sa révolution. Pour inverser la tendance, il doit apprendre ou réapprendre à intégrer et accepter l'échec dans son mode de pensée. Son rôle se cantonnera alors à valider les options, suivre  l'avancement et mesurer les écarts pour décider de continuer ou non.
Comme le jeune enfant qui apprend à marcher, trouvons les aides et des faciliteurs nécessaires à se mettre debout  et  avancer plus vite plutôt que des bonnes raisons pour rester à quatre pattes sans risquer de se tromper et se faire mal.

Laissons émerger collectivement les idées, aussi saugrenues qu’elles puissent paraître, et mettons en place des actions et des solutions qui conduiront à créer une dynamique collective afin de proposer le produit ou service correspondant à l'évolution du besoin et/ou du marché.

C'est devenue une nécessité car nous sommes et serons de plus en plus confrontés dans nos fonctionnements à des ruptures qui nécessiteront des adaptations fondamentales des organisations.

Anticiper, c'est possible !

Nous ne pouvons évidemment pas tout anticiper, mais il existe des facteurs de rupture prévisibles qui sont désormais connus de tous et doivent être intégrés dans nos raisonnements. 
Nous ne pouvons plus les ignorer pour nos actions de développement et d’innovation.

La globalisation, le vieillissement de la population, la pénurie de matières premières, l’enjeu environnemental, le passage de la possession des biens à l’usage des biens, etc, sont des facteurs de rupture dont il faut désormais tenir compte pour le développement des organisations.

Ce qui pourrait être considéré comme une contrainte peut devenir une formidable opportunité de croissance. Encore faut-il en avoir conscience et le savoir.

Avant toute chose, l’organisation doit avoir conscience de la mine d’informations dont elle dispose pour les transformer en connaissances. Ces connaissances serviront la stratégie d’innovation.

Comme évoqué au travers de mes propos, la connaissance du passé est une étape préalable à la construction de l’avenir. Ne pas avoir une connaissance du passé s’est se couper du savoir.

L’innovation passe nécessairement par un état des lieux de la gestion et de la connaissance  globale de l'organisation dans laquelle nous évoluons. Il y a très certainement dans les données existantes ou non dîtes une mine d’informations précieuses à connaître, détenir et protéger. On ne s’en préoccupe pas suffisamment et pourtant !

Prenons par exemple le vieillissement de la population comme base de raisonnement. Il est connu et reconnu que de nombreuses entreprises vont changer de main ou disparaître dans les prochaines années du fait de l’âge du dirigeant.
En étant volontairement provocateur, si parmi les clients d’une entreprise, les 20% de clients qui réalisent 80% du chiffre d’affaire sont concernées, que se passera t-il pour l’entreprise qui les fournit ? Voilà une vraie question à se poser et à anticiper, car sans l’envisager aujourd’hui on se prépare des jours difficiles demain.

Même si cela est extrême, aujourd’hui bon nombre d’entrepreneurs devrait se questionner sur les bonnes informations à détenir, car sans développer plus ici, il y a de nombreuses questions qui s’enchaînent sur ce sujet et sur d’autres.

Connaître et maîtriser ses informations au-delà des données classiques est un pilier fondamental de la stratégie d’innovation.

Pour conclure, je citerais cette phrase formidable de Edwin Herbert Land (inventeur de la photographie instantané Polaroïd) qui a dit : « Innover, ce n'est pas avoir une nouvelle idée mais arrêter d'avoir une vieille idée » à laquelle j’ajouterai : « Ne pas accepter d’aller vers l’inconnu et rester en zone de confort sont les ennemis de l’innovation »